L’allocation 60/40 – composée de 60 % d’actions et 40 % d’obligations – est une stratégie d’investissement emblématique qui a traversé les décennies. Adoptée pour son équilibre entre croissance et stabilité, cette approche a été testée à travers divers cycles économiques. Aujourd’hui, l’émergence des ETF (fonds négociés en bourse) permet de reproduire ce modèle avec une flexibilité accrue, une diversification globale et une transparence sur les coûts.
Origines et évolution du modèle 60/40
L’idée de répartir un portefeuille entre actions (pour la croissance) et obligations (pour la protection) remonte aux années 1950, période marquée par les travaux de Harry Markowitz sur la théorie moderne du portefeuille. Pendant des décennies, le 60/40 a produit des rendements ajustés au risque convaincants, en particulier dans un contexte de baisse tendancielle des taux d’intérêt.
Cependant, la crise obligataire de 2022, marquée par une chute simultanée des actions et des obligations, a remis en question la robustesse de cette formule statique. Cela a conduit de nombreux investisseurs à rechercher une version plus « moderne » du 60/40, incorporant une meilleure gestion du risque, une allocation mondiale, et des ajustements dynamiques en fonction des conditions de marché.
Répliquer l’allocation 60/40 avec des ETF
Grâce aux ETF, les investisseurs peuvent construire facilement une allocation diversifiée en actions et en obligations. Un portefeuille classique pourrait inclure :
- ETF actions globales : par exemple un ETF suivant l’indice MSCI World ou ACWI pour une exposition aux grandes capitalisations internationales.
- ETF obligataires investment grade : couvrant les obligations d’État et d’entreprises bien notées (ex. : ETF sur les bons du Trésor américain ou les obligations d’entreprises européennes).
- ETF indexés sur l’inflation : tels que ceux investis dans les TIPS (Treasury Inflation-Protected Securities) ou leur équivalent européen, afin de protéger le pouvoir d’achat en période de hausse des prix.
Un exemple simple pourrait répartir 36 % dans un ETF actions monde développé, 24 % dans un ETF actions émergentes, 20 % dans un ETF obligations d’État, 10 % dans un ETF obligations d’entreprises et 10 % dans un ETF indexé sur l’inflation.
Gérer les risques de taux et de crédit
Les obligations, bien qu’associées à la sécurité, sont sensibles à deux types de risque : le risque de taux d’intérêt et le risque de crédit.
- Risque de taux : lorsque les taux d’intérêt augmentent, les obligations en circulation perdent de la valeur. Pour limiter cet impact, on peut privilégier des ETF à duration courte ou intermédiaire.
- Risque de crédit : il concerne les obligations d’émetteurs qui pourraient ne pas honorer leurs paiements. Les ETF investment grade réduisent ce risque par rapport aux ETF à haut rendement, mais il reste présent en période de ralentissement économique.
Certains ETF proposent une exposition diversifiée à travers des indices obligataires agrégés, atténuant l’impact de défauts isolés.
Fréquence de rééquilibrage et effets sur la performance
Le rééquilibrage consiste à ramener le portefeuille à son allocation cible (60/40) après des mouvements de marché. Si les actions ont fortement progressé, leur poids peut monter à 70 %, augmentant le risque global. Vendre une partie pour revenir à 60 % permet de sécuriser les gains et de respecter le profil de risque.
Les simulations historiques montrent que :
- Un rééquilibrage annuel permet de capter la majorité des gains tout en limitant la volatilité.
- Un rééquilibrage trimestriel offre une meilleure discipline mais peut générer plus de frais de transaction.
- Un rééquilibrage dynamique, basé sur des seuils (ex. : +/- 5 %), combine flexibilité et réactivité.
Des backtests entre 2000 et 2023 indiquent qu’un 60/40 rééquilibré annuellement a produit un rendement annualisé d’environ 6,2 % avec une volatilité de 9 %, tandis qu’un portefeuille non rééquilibré peut voir sa volatilité grimper jusqu’à 11 %, notamment après les bull markets.
Adapter le 60/40 selon l’âge et les objectifs
L’efficacité du 60/40 dépend du profil de l’investisseur :
- Investisseurs jeunes : souvent enclins à tolérer plus de volatilité, ils peuvent privilégier une version plus agressive, comme 80/20, pour maximiser la croissance à long terme.
- Investisseurs proches de la retraite : peuvent inverser l’allocation (40 % actions / 60 % obligations) pour réduire la volatilité et protéger leur capital.
- Investisseurs retraités : peuvent opter pour un 60/40 axé sur des ETF distribuant des revenus réguliers, combinant dividendes et coupons obligataires.
Il est également crucial de prendre en compte les flux de trésorerie, notamment pour couvrir des besoins mensuels ou trimestriels.
Efficacité fiscale et distribution de revenus
Les ETF obligataires génèrent des intérêts, souvent soumis à l’impôt sur le revenu. Pour limiter l’impact fiscal, plusieurs stratégies existent :
- Privilégier les ETF capitalisants (accumulation), qui réinvestissent automatiquement les revenus.
- Utiliser des enveloppes fiscales avantageuses, comme le PEA pour certaines actions européennes ou l’assurance-vie pour une fiscalité différée.
- Éviter de vendre des parts à court terme pour ne pas déclencher de plus-values imposables.
De plus, les ETF à distribution mensuelle ou trimestrielle permettent d’aligner les flux de revenus avec les dépenses, utile pour les investisseurs en phase de décumulation.
Conclusion
Mettre en œuvre une stratégie 60/40 via les ETF offre aujourd’hui une combinaison rare de simplicité, diversification et adaptabilité. Elle peut convenir aussi bien à ceux qui recherchent une croissance modérée qu’à ceux qui veulent une protection contre les aléas du marché. Dans une optique de mise en œuvre concrète, il est utile d’obtenir plus d’informations ici sur les différentes options ETF disponibles pour construire un portefeuille 60/40 adapté à son profil.
L’essentiel reste de rester cohérent avec ses objectifs, de réévaluer régulièrement son exposition, et de s’adapter à l’environnement macroéconomique sans tomber dans l’excès de réactivité.
